Vingt-deux élèves du Lycée Agricole de Pamiers s’envolent en mai prochain pour l’Italie, dans le cadre d’un projet pédagogique Erasmus+ entièrement financé, ancré dans les territoires et les savoirs vivants.
Et si la meilleure leçon de géographie se trouvait dans un élevage du Molise, au son des cloches
des troupeaux qui descendent vers la mer ? C’est le pari audacieux de trois enseignantes du
Lycée Agricole de Pamiers qui ont imaginé, de bout en bout, un voyage d’études en Italie pour
leur classe de Première STAV. Du 14 au 26 mai 2026, vingt-deux élèves partiront à la
rencontre de trois territoires, trois visages d’une même Europe agricole et méditerranéenne.
Naples, Termoli, Larino : un voyage en trois actes
Le projet ne ressemble à aucun voyage scolaire ordinaire. Il est construit comme une progression
pédagogique rigoureuse. Naples d’abord : la métropole méditerranéenne, son port grondant, ses
marchés alimentaires qui racontent la mondialisation en direct, son hinterland qui irrigue des
millions d’habitants. Puis Termoli, sur la côte adriatique, où l’économie de la pêche et le tourisme
saisonnier se disputent un littoral en pleine mutation. Et enfin Larino, petite ville du Molise,
territoire rural discret et puissant, que les circuits touristiques ignorent , mais que les géographes
et les agronomes regardent avec fascination.
C’est là, dans ce Molise, que le projet trouve son cœur battant : la transhumance. Les grands
chemins herbeux, les tratturi, ces voies millénaires par lesquelles les troupeaux migrent depuis des
générations entre les alpages et la plaine, constituent le fil rouge du programme européen Echo-
TransH, auquel le lycée de Pamiers est associé. Pour des élèves de la filière Productions et
Aménagement, difficile d’imaginer terrain d’étude plus riche
Quand le stage S3 se passe sous le soleil du Molise
Ce qui distingue fondamentalement ce projet d’une simple sortie culturelle, c’est son ancrage dans
les référentiels pédagogiques officiels du bac STAV. Chaque journée italienne est pensée en
regard des modules du programme : C5 pour la géographie des espaces ruraux et leur
multifonctionnalité, S2 pour l’analyse des filières économiques et alimentaires locales. Et surtout,
le séjour à Larino, chez notre partenaire italien : le lycée agricole de Larino, vaut intégralement
comme stage professionnel S3.
Les élèves participeront aux activités agricoles et pastorales du lycée partenaire, mais aussi à la
préparation de la fête de la San Pardo, célébration populaire majeure qui met en scène la
transhumance dans toute sa dimension patrimoniale et festive. Imaginez : des jeunes de l’Ariège,
au milieu d’une procession italienne vieille de plusieurs siècles, carnet de terrain à la main. Ce n’est
pas de l’exotisme , c’est de la pédagogie vivante.
Zéro euro à débourser pour les familles
C’est peut-être l’aspect le plus remarquable du projet, et celui qui mérite d’être souligné avec
force : ce voyage ne coûtera rien aux familles. Absolument rien. Le financement Erasmus+ couvre
l’intégralité des frais (transport, hébergement, restauration) pour les 22 élèves et leurs trois
accompagnatrices. À cela s’ajoutent les efforts d’autofinancement portés par les élèves eux-
mêmes, qui ont œuvré activement pour boucler le budget. Un signal fort, dans un lycée agricole qui
accueille des élèves de toute l’Ariège, souvent de territoires ruraux où parfois les ressources ne
permettent pas facilement de tels projets.
L’Europe, ici, ne se résume pas à une ligne dans un discours politique. Elle se traduit concrètement :
un lycée agricole italien qui ouvre ses portes, des Learning Agreements qui reconnaissent
officiellement le travail accompli, un programme transnational — Echo-TransH — qui réunit des
établissements autour d’un patrimoine agropastoral commun. C’est l’Europe des savoirs, des sol et
des saisons.
Un terrain qui nourrit la classe — et inversement
Le projet a été bâti dans la durée, en articulation étroite entre les disciplines. Anna Campana
(Histoire-Géographie), Fanny Chillou (Économie) et Nathalie Groux (ESC) ont conçu une démarche
rigoureuse : les élèves ne voyagent pas pour voir, ils voyagent pour produire. À leur retour, chacun
livrera un diagnostic de territoire argumenté, une analyse comparée de trois espaces ruraux
européens — et un reportage photographique commenté qui témoignera de ce regard neuf posé sur
le monde.
La pédagogie de terrain, c’est exactement ça : transformer l’expérience en connaissance.
Comprendre que la multifonctionnalité des espaces ruraux, ça n’est pas un concept abstrait dans
un manuel, mais une réalité que l’on peut toucher du doigt, sentir dans une étable du Molise,
observer dans un port de pêche adriatique. Ce que ces élèves emporteront dans leurs bagages au
retour ne se glisse pas dans un cours magistral
« L’Europe ne s’enseigne pas. Elle se vit, se parcourt, se compare. Ce voyage, c’est une
façon de donner à nos élèves les clés pour lire le monde agricole dans toute sa complexité. »
Dans quelques semaines, 22 jeunes Ariégeois embarqueront vers Naples. Ils en reviendront avec
bien plus qu’un tampon sur leur passeport. Ils reviendront avec une carte mentale de l’Europe
rurale, une expérience professionnelle validée et, sans doute, une curiosité du monde un peu plus
aiguisée. C’est, au fond, la promesse de l’éducation.
EN BREF
Période : 14 au 26 mai 2026
Élèves : 22 élèves de Terminale STAV — Production et Aménagement
Étapes : Naples · Termoli · Larino (Molise)
Financement : 100 % Erasmus+ — gratuit pour les familles
Partenariat : Lycée agricole de Larino (Italie) — Programme européen Echo-TransH
